Le chemin de fer à Châlons en Champagne


Le chemin de fer et la première guerre mondiale à Châlons,

La ligne 09bis:


 
Le réseau ferré français a eu une importance capitale dans le premier conflit mondial en assurant notamment le transport des troupes, des blessés, des munitions et des ravitaillements divers.

Châlons était un point de passage important de nombreux trains de munitions et de ravitaillement qui venaient de La Châtre par Troyes et étaient orientés à Châlons vers Reims ou Verdun.

Tous ces trains étaient obligés d'emprunter la seule ligne existante qui passait par la gare de Châlons.

Or, la zone de la gare étant régulièrement bombardée, l'armée pris la décision de construire une ligne stratégique qui, partant de Coolus au Sud de Châlons, contournait la ville par l'Est avant de poursuivre sa route vers Saint Hilaire au Temple au Nord.

Cette voie, construite par le 5ème Régiment du génie se nommait ligne 9bis, les travaux furent entrepris d'août à décembre 1916.

Le journal de marche et d'opération du 5ème régiment du génie nous renseigne sur la construction de cette ligne:


 


 
Quelques articles parus dans le journal de la Marne évoquent également la construction de cette ligne:

 
Journal de la Marne du 5 décembre 1916 Journal de la Marne du 25 janvier 1917


Voici un plan ancien de cette ligne:



On peut voir la ligne normale représentée par un trait fin à partir de Coolus, puis à l'Ouest de Châlons.
Cette ligne montait ensuite au Nord avant de faire une courbe vers l'Est en remontant jusque Saint Hilaire au Temple.

La ligne militaire 9bis crée durant la guerre est quant à elle représentée par un trait épais. Elle part également de Coolus et rejoint la voie normale à Saint Hilaire au Temple, mais après avoir contourné Châlons par l'Est.

A Coolus, se trouvait une gare d'une compagnie de chemin de fer privée (La SNCF n'a été crée qu'en 1937, à cette époque le trafic ferroviaire était géré par des compagnies privées, en l'occurence, la Compagnie des Chemins de Fer de l'Est).

A Coolus, des agents de la Compagnie des Chemins de Fer de l'Est étaient affectés à recevoir et trier les trains de
munitions et de ravitaillement qu'ils remettaient aux agents de la 10ème section des chemins de fer de campagne de l'armée.

Cette section militaire assurait le transport de ces trains sur la ligne militaire 9bis jusque Saint Hilaire au Temple où ils étaient repris en charge par la Compagnie des Chemins de Fer de l'Est et poursuivaient leur chemin vers Suippes, Reims ou Verdun.

La construction de cette ligne 9bis a nécessité la réalisation à l'Est de Coolus, de ponts pour franchir la Marne et le Canal. Celui traversant la Marne et surplombant la ligne ferroviaire civile qui se prolonge jusqu'à la gare de Châlons mesurait 120 mètres de long et a été réalisé en bois comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessous. Je n'ai malheureusement pas de document concernant celui sur le canal qui était forcément plus petit. Etait-il en bois ou métallique? Je n'ai trouvé aucun indice à ce sujet.


 

La rapidité avec laquelle ces ouvrages ont été construits impressionne. Comme l'indique le journal de marche et d'opération du 5ème régiment du génie, ils ont débuté en août 1916 et étaient presque terminés début novembre, soit seulement 3 mois plus tard!

Dans ce laps de temps réduit, deux ponts ont été construits, ainsi qu'un dépôt ferroviaire dit de la Maltournée et toute une ligne qui contourne Châlons!


Il ne reste aujourd'hui plus rien de cette ligne militaire qui a été entièrement démontée, on peut juste en deviner le tracé dans les bois du chateau de Coolus.

 
Voici désormais son tracé en bleu sur une carte moderne de Châlons. L'agrandissement de la ville depuis 1916 est flagrant et cette ligne qui était alors à l'extérieur de la ville se retrouve désormais à l'emplacement de quartiers contruits.

 

 
Sur cette carte figurent également une zone jaune qui correspond au dépôt de la Maltournée, ainsi qu'un tracé vert qui correspond à une voie de 60, ces deux points font l'objet des parties ci-dessous.

 
Les voies de 60 à Châlons:

 
Qu'est-ce que la voie de 60?
 

En matière ferroviaire, il a existé plusieurs écartements de rails.

Cette mesure prise entre les flancs internes des rails correspond généralement à 1,435 mètres pour les voies dites "normales". Une voie "large" se dit d'une voie dont l'écartement est plus important, tandis qu'à l'inverse, une voie dont l'écartement est inférieur est dite voie "étroite".

A Châlons, en plus de la ligne 9bis dont l'écartement était normal, il a également existé un réseau militaire utilisé au cours de la première guerre mondiale et dont l'écartement était de 60 centimètres.

L'utilisation des voies de 60 par l'armée a débuté en 1888. Le capitaine Péchot procéda alors à un essai de voie de 60 visant à «faire arriver sur le point désigné et à l’heure voulue, au-delà de la zone exploitée par les grands chemins de fer, le matériel et les denrées dont les armées de siège et de campagne ont besoin pour combattre et vivre».

L'intéret d'une telle voie est qu'elle est beaucoup plus économique qu'une voie normale et qu'elle est également beaucoup plus facile et rapide à mettre en oeuvre.
Ce système, dit système Péchot, se compose d'éléments de voie préfabriqués composés d'éléments droits d'une longueur de 5 mètres pour les plus longs (167 kilos manipulables par 4 hommes), 2,50 mètres, ou 1,25 mètres, ainsi que d'éléments courbes et d'aiguillages.
Ces éléments se combinent facilement à la manière d'un train miniature.
De plus, ces voies étroites permettaient la réalisation de courbes beaucoup plus serrées que ce qu'il est possible de faire en voie normale.


 
La voie de 60 dans Châlons:


Le plan plus haut montre par exemple l'emplacement d'une de ces voies de 60 qui est tracé en vert. Il reliait le dépôt de la Maltournée en jaune à différents points stratégiques dans la ville (notamment les quartiers militaires Février et Corbineau) et passait souvent trés près des habitations.

C'est le cas, sur cet agrandissement de photo aérienne qui présente au centre haut de l'image l'ancien hôpital militaire, la rue principal inclinée et bordée d'arbres étant l'avenue de Sainte-Menehould.
La voie de 60 est ici nettement visible, il s'agit du trait blanc qui débute en bas à droite de l'image et remonte jusqu'en haut, juste à droite du logo "Châlons.Wifeo.com".
Cette petite voie passait donc bien en pleine ville, semblant même construite dans le jardin de certaines maisons et traversait de nombreuses rues comme ici la rue Caqué, le bout de la rue Louis Bablot, l'avenue de Sainte-Ménéhould et enfin la rue de la Croix Milson. Heureusement la circulation était moins dense qu'aujourd'hui!

 


Cette voie de 60 ne desservait pas que Châlons, elle était en réalité connecté à un vaste réseau bien au delà du tracé vert indiqué sur la carte plus haut.

 
Elle permettait notamment d'acheminer à divers lieux stratégiques, des marchandises acheminées via la ligne 9bis au dépôt de la Maltournée.

 
Ainsi, elle passait devant l'hôpital militaire, longeait et passait devant le quartier militaire Février (rue du Camp d'Attila) et enfin, elle longeait l'arrière du quartier militaire Corbineau (rue du Commandant Derrien), il y avait d'ailleurs à cet endroit une seconde voie paralèlle destinée à charger ou décharger les marchandises.

On peut voir sur la vue ci-dessous, cette voie traverser la rue du Camp d'Attila juste devant l'entrée du quartier Février.

 



 
Sur cette seconde carte postale, on constate qu'il y avait également des voies de 60 dans la cour intérieure du quartier Février.

Rien ne dit toutefois si ces voies dans le camp étaient reliées à la ligne qui passait à proximité ou s'il s'agissait simplement de petits tronçons destinés à l'entrainement des militaires de cette caserne. (ce quartier était le siège du 372ème RALVF (Régiment d'Artillerie Lourde sur Voie Ferrée))


 
 





 

Le dépôt de la Maltournée:

 
Visible en jaune sur le plan plus haut, ce dépôt longeait la ligne 9 bis sur une large zone correspondant aujourd'hui à une grande partie des quartiers des Grévières et de la Croix Jean-Robert.

Voici une vue aérienne de ce dépôt, prise un peu après la guerre (le 26/07/1922), le dépôt y est encore bien visible.

L'orientation de cette image n'étant pas correcte, la flèche vous y indique le Nord.

On reconnait en bas le canal, la route parallèle au canal qui coupe le dépôt en son milieu est l'avenue des Alliés.
L'angle que forme la route au bout de l'avenue des Alliés existe toujours, il s'agit de la route de Sarry.


 

 
Le trait blanc sur la droite du dépot et qui forme une courbe à gauche en haut de la photo est la ligne 9bis décrite plus haut.

Voilà ce que donne cette photographie une fois superposée sur une carte moderne, il est alors plus facile de se rendre compte de son emplacement et de la surface qu'occupait le dépôt.


 


Je n'ai que peu d'informations quant aux installations présentes sur ce dépôt et sur son fonctionnement précis.

Il s'agissait d'un point de rencontre entre la voie à écartement normal et les voies de 60.

Ce dépôt a joué un important rôle stratégique durant le conflit, on y trouvait l'un des plus important stockage de voies de 60 destiné à la construction de nouvelles lignes proches du front, ainsi que de grands ateliers de réparation du matériel ferroviaire.


Il fut trés actif, de sa création début 1917 jusqu'au milieu de  l'année 1918 mais un évènement fit diminuer son importance par la suite.

En effet, le succès d'une offensive allemande le 27 mai 1918,
qui suprit le commandement français par sa rapidité, a entrainé la perte, pour l'armée française, des deux ateliers les mieux outillés et les plus productifs de la voie de 60 qui se situaient à Bazoches sur Vesle et à Jonchery sur Vesle (à proximité de Fismes). Beaucoup de matériel de voie de 60 appartenant à la VIème armée a également été perdu à cette occasion.

Afin d'éviter que cette situation ne se reproduise, il fut décidé de mieux prévoir l'éventualité de ces attaques rapides.

C'est pourquoi, le stockage et l'approvisionnement du dépôt de la Maltournée, alors à seulement 30 km du front, fut limité au strict nécessaire et deux nouveaux ateliers furent installés beaucoup plus loin, à Chartres et à Etigny.

La Maltournée conserva alors un atelier dont l'importance fut fortement réduite, et le stockage des voies de 60 qui s'y trouvait (qui représentait alors 250 km de voie!) fut évacué.

Parallèlement et toujours dans le but d'éviter de laisser du matériel à l'ennemi, la Maltournée fut alors désignée comme premier point de rassemblement du matériel de voie de 60 en cas de repli des armées plus proches du front. (IVème et Vème armée)

 
Cette démarche fut d'ailleurs entreprise le 15 juillet 1918 où du matériel fut envoyé vers la Maltournée durant une situation de repli, mais ce repli ne dura que deux jours.

Les images du dépôt de la Maltournée sont rares mais en voici quelques exemples.

La seconde vue permet de voir à quoi ressemblait la zone de stockage d'éléments de voie de 60, tandis que la quatrième montre les ouvriers travaillant à la construction de la voie en octobre 1916.



 
 



 
Méthode employée pour réaliser les plans:

Le tracé des voie présenté sur cette page a été déterminé de façon précise en superposant une carte moderne de Châlons et plusieurs photographies aériennes anciennes sur lesquelles le tracé était visible.

 



 
Si à l'occasion de travaux dans votre maison vous retrouvez, enterré dans votre jardin, des rails de chemin de fer, regardez si vous habitez à proximité d'une des voies des plans ci-dessus, vous venez peut être de retrouver des vestiges du passé!



 






 
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